dimanche 15 février 09
Ma chère Marine,
Je t'écris pour te dire de ne pas t'en faire. Un jour, on ne sait pas quand, tout aura changé puisque tout à une fin. Tout. Même les meilleurs instants de ta vie.
Le temps fait changer les montagnes, il peut bien changer les gens. Tu verras, tout ira bien. Finalement le problème, on le connaît : prisonniers de notre âge. Cet âge au milieu de tout, celui d'une perpétuelle quête d'absolu, l'envie de vivre sa vie comme dans un roman, sur fond musical de Chopin.
Pour ce que ça a apporté à Roméo et Juliette...
Nous aussi on écrira nos histoires, mieux, vraies, avec une issue plus joyeuse que leur suicide irrationnel. Mieux vaut tristes que morts.
On ne la vivra pas, cette folie dévastatrice de Partage de Midi, la tentation de l'interdit de Phèdre et la Princesse de Clèves, tous ces amours littéraires, perdus, retrouvés, anéantis.
Mais Marine ne t'en fais pas, on passera un baume sur ces plaies du c½ur, un baume de temps et de persévérance.
On arrêtera d'arrêter. Un jour je te le promets, on censurera d'un coup de marqueur tous ces romans lactés qui n'y connaissent rien. La mécanique du c½ur repartira.
Faute de ces bras, on aura ceux des autres, on racontera nos vies comme on voudrait qu'elles soient.
Et quoi qu'il arrive, il restera toujours ton violon et ma plume.
Le goût des larmes s'en ira et cette douleur qui te ronge comme une lèpre tu la détruira, sans chimio, sans vaccin, juste avec des mots, de la patience et l'envie de savoir ...
Oui, il est cruel le jeu de la vie. Mais on s'en fout, nous au moins on aura vécu., et plus tard, quand les mois et les années auront passé on saura ce que ça fait, on recommencera pas, on le découvrira,le goût du bonheur, et nous Marine, nous on connaîtra sa valeur.
Et on regardera les autres, ceux qui n'ont pas appris à supporter cette douleur du c½ur, et qui la découvrirons. Et les rôles changerons, tout à notre honneur.
Je dois m'arrêter là, arrêter de passer en boucle dans ma tête la playlist de nos malheurs, arrêter de t'écrire. Je dois aller rédiger ma critique d'Antigone. Encore une conne.
A très bientôt ma chère Marine.
Bon courage.